Vos chiens ont plus d’esprits que les nôtres, (résumé)

Denys Delage, Historien, sociologueDenys Delage, Historien, sociologueDenys Delage, sociologue, historien

Regards croisés sur les chiens en contexte colonial canadien*.

À mon chien Cao pour m’avoir beaucoup inspiré.

Résumé

Après avoir décrit les chiens d’Amérique, leur éthologie, leurs fonctions dans la société, nous tentons de comprendre pourquoi des Amérindiens jugeaient que « les chiens des Français avaient plus d’esprit que les leurs». Nous soulignons le rapport ambigu des Amérindiens à leurs chiens et nous tentons d’en trouver la signification dans les mythes d’origines de même que dans l’ancienneté des rapports de proximité et de promiscuité des Amérindiens et de leurs chiens. Il s’en dégage que mythes, rites, pratiques quotidiennes relatives au chien se répondent mutuellement et font le plein de sens dans l’ensemble des sphères sociales d’activité: chasse, guerre, confrontation à la maladie et aux dangers, renouvellement des cycles annuels. Pour leur part, les Occidentaux jugent cette dynamique dans leurs propres paradigmes du primitivisme, du paganisme, et de l’obscurantisme. Le chien se dégage comme intermédiaire et intercesseur parce qu’il est à la frontière de l’humain et de animal, acteur dominant du chaos primordial et acteur dominé de l’ordonnancement du monde, à l’origine de la vie et à son terme, au début et à la fin du cycle alimentaire, et plus fondamentalement, constitutif du tabou de l’inceste fondateur de la société. C’est cette position liminale qui fait du chien un exceptionnel intercesseur en même temps qu’une source de dangers, d’où son rôle central tant dans les mythes que dans les rites. À cet égard, l’étude du chien conduit à penser la société.

 

Vos chiens ont plus d’esprit que les nôtres (première partie)

Denys Delâge, sociologue et historien

Les sociétés indigènes des Amériques, selon les régions, vivaient de chasse et de pêche, pratiquaient une agriculture intensive ou, encore, vivaient dans de grandes concentrations urbaines; cependant leurs civilisations n’avaient jamais pour fondement l’élevage. Pour tous les sédentaires, l’alimentation reposait essentiellement sur l’apport de protéines végétales issues de l’agriculture, et non sur celui des protéines animales. L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud connaissaient le chien et deux camélidés : l’alpaga et le lama. L’Amérique du Nord n’avait pour seul animal domestique que le chien Lire la suite...

 

Vos chiens ont plus d’esprit que les nôtres (2 ième partie)

Denys Delage, sociologue et historien

L’archéologie nous informe que la domestication ancienne du chien a conduit à la réduction de sa taille par rapport au loup; dans le nord-est de l’Amérique les chiens étaientplutôt bas sur pattes, pourvus d’un museau allongé et de courtes canines[1]. Un officier de l’armée royale anglaise, Thomas Anbury, de passage à Lorette durant les années de la guerre d’Indépendance américaine, y décrit les chiens des Hurons « de couleur rousse, ayant les oreilles droites, et la gueule allongée, semblable à celle d’un loup », tous dressés pour la chasse, ils égalaient à son avis les meilleurs chiens Lire la suite...