Richard Beaudet, ethologueRichard Beaudet, ethologueLes bases de la communication entre l’humain et le chien

par Richard Beaudet éthologue

La majorité des conflits entre les humains sont causés par une mauvaise communication. Alors, comment peut-on s’attendre à comprendre son animal ou à bien se faire comprendre de lui quand  on n’utilise pas les mêmes moyens de communication que lui?

Lorsque deux personnes discutent, elles communiquent des  informations qui ne sont pas liées au langage. En effet, la gestualité (le langage non verbal, qui comprend l’ensemble des  gestes, des mouvements et des  postures d’une personne) correspond à 91 % de toute communication, que celle-ci se déroule entre des  humains ou entre un humain et un animal. Celle-ci n’est pas aléatoire et elle  en dit long: elle indique l’expression et l’intention émotive, et elle  exprime ce que l’humain désire obtenir de  l’autre (humain ou animal) au moment où il s’adresse à lui. Entre humains, la gestualité se  fait souvent de  façon inconsciente.

LE LANGAGE

Le langage est un système complexe qui comprend trois éléments:

• le verbal (mots);

• le paraverbal (sons, intonations, rythme, tonalité et pauses effectuées dans le discours);

• le non-verbal (la gestualité).

LE CONTENU

À l’occasion de  la communication entre deux êtres, une personne transmet un message (l’émetteur), et l’autre  (le  récepteur)  reçoit le contenu du message, ainsi que des signaux auditifs et visuels (soit le paraverbal et le non-verbal). L’émetteur informe inconsciemment le récepteur de  ses  sentiments et de ses  opinions par son regard et par sa gestualité; par ceux-ci et par son ton, il met l’accent sur certains éléments de  son message. Il adopte notamment certaines postures et fait certains gestes — de  façon consciente ou inconsciente — qui donnent à l’autre  des   points de repère en soulignant des  moments précis et des  choses importantes. La gestualité facilite la transmission de l’information; l’interlocuteur est donc plus à même de «lire» (déchiffrer) le message. Si le contenu de ce dernier concorde avec le paraverbal et le non-verbal, il est lisible. Sinon, il y a une discordance qui entraîne la mauvaise compréhension du récepteur.

PREMIER EXEMPLE

Rex et son maître sont dans un parc public et, pour la première fois, Rex n’est pas tenu en laisse. Son maître l’appelle («Viens, Rex!») sans être convaincu qu’il se fera obéir. Eh bien! Rex ne viendra pas, tout simplement parce qu‘il ne sera pas attentif au ton que son maître a adopté. Pourquoi abandonnerait-il une odeur intéressante pour rejoindre son maître si celui- ci ne semble pas sûr que ça en vaut la peine? De plus, Rex n’a aucune idée de ce que peut bien vouloir dire le mot «viens». Au moment de rappeler son chien, le maître doit donc ajouter un élément paraverbal (un ton de voix convaincant et positif) ainsi qu’une incitation non verbale (dès  que l’animal le regarde, il peut se déplacer sur le côté ou vers l’arrière). Son langage non verbal indiquera clairement son attente (se déplacer), qui concordera avec son langage paraverbal. Si un même commandement est toujours cohérent et structuré, le chien fera confiance à son maître et l’écoutera spontanément. Au fil du temps, le langage  verbal («Viens, Rex!») suffira. Toutefois, si le maître s’accroupit un jour en demandant au chien de venir alors qu’il se tenait toujours debout auparavant en donnant cet ordre, il se peut que le chien ne vienne pas: le changement dans le langage non ver- bal peut le gêner pour faire la bonne association.

 

CE N’EST PAS FACILE DE DEVENIR GRAND!

Dès son jeune âge, le chien doit déchiffrer les comportements d’autres individus. À compter de  sa troisième semaine, il lui faut comprendre le langage paraverbal utilisé par sa mère, qui gronde, gémit, jappe, halète, et ce, dans des situations bien précises. C’est ainsi que le chiot découvre un vaste répertoire auditif et qu’il associe chaque son, selon le contexte, à des  valences positives ou négatives. Il lit et interprète le langage non verbal (les postures, les gestes) de sa mère et des autres chiots de  la portée. Vers l’âge de  huit semaines, le chiot est généralement adopté par un humain. À ce moment, il doit tout réapprendre et faire des associations entre les langages verbal et non verbal de son maître. C’est un nouveau départ pour lui, parce que son humaine de compagnie ne s’exprime pas du tout de la même manière que sa mère, ses  frères et ses  sœurs. En effet, il utilise des  mots. De plus, ce nouveau langage n’est pas toujours constant et ne reflète pas toujours les mêmes intentions… Et  que dire du contexte, qui n’est jamais le même?

Lorsque le maître enseigne des  commandements à son chien, son objectif est de  donner un sens à un mot ou à une situation. Généralement, il n’a aucune idée de  ce qui peut être lisible et efficace lorsqu’il communique avec son chien. Il doit donc prendre conscience qu’il doit surtout utiliser le langage non verbal avec son nouvel animal, car c’est ce moyen d’expression que celui-ci a l’habitude de comprendre. Parmi tous les  êtres vivants, seul l’humain utilise les  mots…

ÉDUQUER SON ANIMAL

On comprend maintenant  que, de prime abord, il est inutile d’employer des  mots pour enseigner un commandement à son chien. Il faut utiliser les  langages verbal et non-verbal pour déclencher une séquence comportementale (amener  Fido  à s’asseoir, par exemple). Une fois que l’animal comprend que le geste en question accompagné du langage paraverbal (claquer des  doigts, par exemple) signifie qu’il lui faut s’asseoir, le maître peut introduire le mot correspondant («assis!»). Si on procède de  la façon inverse, le  chien entre dans un état de confusion car, dans son univers propre, il y a quelque chose qui manque de cohérence. Si, au départ, le maître utilise toujours les mêmes signes et sons, le chien obéira en toutes circonstances s’il a bien assimilé un commandement, après que le mot correspondant («assis!») a été introduit. Puis, avec le temps, seul le mot suffira.

Lorsqu’on  demande à un chien de s’asseoir, que comprend-il? Quel sens donne-t-il au mot «assis»? Si, à deux reprises, au cours de deux promenades différentes, son maître lui demande de  s’asseoir pour ne pas qu’il pour chasse un écureuil, il comprendra rapidement que le mot «assis» signifie qu’il doit s’asseoir, car un rongeur est à proximité. Par conséquent, chaque fois que son maître lui demandera de s’asseoir au cours d’une promenade, il cherchera un écureuil. En effet, le chien reconnaît rapidement le contexte des événements; il mémorise ceux-ci et leur donne un sens. Toutefois,  la valence du contexte doit être très forte (qu’elle soit positive ou négative) pour qu’il réagisse.

 

DEUXIÈME EXEMPLE

Fido  arrive en catastrophe dans la cuisine alors que son maître s’affaire à préparer le repas. Fido met ses  pattes sur le comptoir afin de s’approcher de  la nourriture. Son maître, qui n’aime pas ce comportement, dit «non!», mais continue à cuisiner. Même si Fido part quelques minutes plus tard, il recommencera fort probablement, tout simplement parce que l’interdiction («non!») ne s’accorde pas avec le comportement du maître, occupé à préparer à manger. La solution? Adapter son non-verbal. Lorsqu’un  chien met ses  pattes sur le comptoir, son maître doit immédiatement les prendre et les  maintenir sur le comptoir, sans le regarder ni lui parler. Très vite, le chien tentera de se  retirer, car il sera immobilisé malgré lui. Son maître doit le maintenir ainsi jusqu’à ce que l’animal manifeste la volonté de se retirer, c’est-à-dire que, de sa propre initiative, il essaie de reposer ses pattes au sol. À ce moment, le maître doit lâcher prise et le féliciter. Ainsi, il le complimentera pour s’être retiré. Après deux tentatives, le chien aura compris.

LES OUTILS

Parce que  leur animal ne  les  comprend pas,  certains maîtres utilisent des  outils (collier coulissant, cage, licou,  clicker, friandises, collier à spray) pour communiquer avec  lui. En  fait, ces  outils ne  remplacent pas  le langage non verbal et ne règlent pas  une mauvaise communication. De plus, rapidement, les maîtres en  deviennent dépendants: puisque l’outil choisi leur donne l’impression de contrôler leur animal, ils se  sentent moins anxieux. Ils sont plus détendus (car  Fido ne  jappera pas  contre un  autre chien ou Rex ne tirera plus sur  sa laisse), et leur langage non verbal (posture, gestualité) concorde avec  leur intention. Bref, c’est davantage la réaction des maîtres plutôt que  l’outil qui indique au  chien ce qu’il doit faire.